Leishmaniose à Toulouse : 28 nouveaux cas recensés en l’espace de quelques mois

Leishmaniose à Toulouse : 28 nouveaux cas recensés en l'espace de quelques mois

Une hausse significative des cas de leishmaniose cutanée a été observée à Toulouse, avec 28 nouveaux diagnostics entre octobre 2025 et mai 2026. Cette maladie parasitaire transmise par des insectes appelés phlébotomes interpelle la communauté de santé publique locale en raison de son caractère inhabituel et de son lien avec des séjours en Tunisie. Nous allons explorer ensemble plusieurs aspects cruciaux de cette situation :

  • L’identification et l’origine de ces infections à Toulouse
  • Les mécanismes de transmission et les symptômes de la leishmaniose cutanée
  • Les méthodes de diagnostic et de prise en charge
  • Les recommandations de prévention, surtout pour les voyageurs

Une meilleure compréhension de cette recrudescence permet de renforcer notre vigilance face à cette maladie encore trop peu connue, mais préoccupante dans certains contextes.

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28 cas de leishmaniose cutanée détectés à Toulouse : une augmentation inédite

Le service de parasitologie-mycologie du CHU de Toulouse a identifié 28 cas de leishmaniose cutanée causée par Leishmania major en un peu moins de huit mois, contre seulement neuf cas au total sur la période 2019-2024, avec un maximum de trois cas annuels. Ce saut considérable soulève des questions sur l’origine et l’évolution de cette maladie dans la région.

L’enquête conduite par les chercheurs toulousains, publiée dans Eurosurveillance, a mis en lumière que la plupart de ces patients avaient récemment séjourné au Maghreb, notamment en Tunisie. Parmi eux, 24 provenaient de Tunisie, trois du Maroc, et un cas sans historique de voyage identifié. Pour 19 patients rentrés de Tunisie, la région précise visitée était Sidi Bouzid, une zone endémique où la circulation de Leishmania major est établie depuis plusieurs années.

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Les séjours, principalement réalisés durant l’été 2025, laissent penser que cette flambée de cas diagnostiqués en France reflète un accroissement temporaire de la transmission dans cette région tunisienne, non l’apparition d’un foyer autochtone à Toulouse.

Comprendre la leishmaniose : un parasite, un vecteur, une maladie complexe

La leishmaniose est provoquée par des parasites du genre Leishmania. Ce micro-organisme se transmet via la piqûre d’un phlébotome femelle infecté, semblable à un petit moucheron piqueur, actif principalement entre le crépuscule et l’aube. Plus de 20 espèces de Leishmania peuvent infecter l’homme, et plus de 90 espèces de phlébotomes sont capables de les transmettre selon l’OMS.

Dans les cas toulousains, Leishmania major est responsable, avec un cycle impliquant des rongeurs comme réservoirs du parasite. La contamination humaine ne requiert pas de contact direct avec ces animaux, car ce sont bien les phlébotomes qui transmettent le parasite lors de leur repas de sang sur la peau humaine.

Cette chaîne de transmission complexe explique la répartition souvent locale de la maladie, avec des zones endémiques comme certaines régions d’Afrique du Nord.

Les signes cliniques de la leishmaniose cutanée détectés chez les patients toulousains

La forme cutanée, la plus répandue des leishmanioses, se caractérise par des lésions visibles sur la peau, souvent sur des zones exposées comme les bras, les jambes ou le visage. Chez les 24 patients dont les données cliniques sont complètes, on a observé entre une et quinze lésions, qui s’ulcèrent progressivement, forment des croûtes, puis cicatrisent parfois après plusieurs mois.

Les symptômes typiques incluent :

  • Une ou plusieurs plaques ou nodules cutanés
  • Ulcerations lentes à guérir
  • Formation de croûtes et cicatrices parfois durables
  • Complications possibles comme infections bactériennes secondaires

Trois patients ont développé des complications, notamment des réactions inflammatoires plus sévères. L’âge médian de ces cas était de 14 ans, ce qui rappelle que les enfants et adolescents constituent une population particulièrement concernée.

Leishmaniose viscérale et autres formes sévères : une vigilance nécessaire

Au-delà de la forme cutanée, la leishmaniose peut atteindre les organes internes, provoquant la forme viscérale plus grave. Celle-ci engendre fièvre persistante, perte de poids, augmentation du volume de la rate et du foie, et anémie. Non traitée, cette forme peut entraîner un taux de mortalité supérieur à 95 %.

En France, la leishmaniose viscérale est rare mais reste sous surveillance. Ce contexte souligne la nécessité d’un diagnostic rapide et précis des différentes formes de la maladie pour protéger la santé publique.

Diagnostic et traitements adaptés à la leishmaniose cutanée

Le diagnostic repose sur la localisation des lésions, l’évaluation clinique et la confirmation par examen parasitologique ou PCR. Le CHU de Toulouse a ainsi pu identifier le parasite dans tous les cas étudiés.

Le choix thérapeutique dépend du nombre, de la taille, de la localisation des lésions ainsi que de la situation médicale du patient :

  • Traitements locaux : 17 patients ont reçu une application de paromomycine, un antibiotique spécifique contre le parasite.
  • Traitements systémiques : 4 patients ont nécessité une amphotéricine B liposomale, un médicament administré par voie générale en raison de lésions plus étendues ou inesthétiques.
  • Un patient a été traité par fluconazole à cause d’une réaction d’hypersensibilité au traitement systémique.

Deux patients n’ont pas pu être suivis jusqu’au traitement, ce qui souligne les défis du suivi médical dans certains contextes.

Type de traitement Nombre de patients Indications principales
Traitement local (paromomycine) 17 Lésions peu nombreuses, localisées
Traitement systémique (amphotéricine B liposomale) 4 Lésions multiples ou inesthétiques
Fluconazole (alternative) 1 Hypersensibilité à l’amphotéricine

La prise en charge adaptée permet une guérison effective, renforçant l’importance d’un diagnostic rapide et d’une information claire auprès des patients revenant de zones à risque.

Prévention de la leishmaniose : réduire les risques lors des voyages

Face à l’absence actuelle de vaccin ou de médicament préventif humain contre la leishmaniose, la prévention repose principalement sur la protection contre les piqûres de phlébotomes.

Nous conseillons vivement l’adoption des mesures suivantes, particulièrement lors des déplacements en zones endémiques :

  • L’utilisation de répulsifs cutanés efficaces contre les insectes
  • Le port de vêtements longs et couvrants, notamment du crépuscule à l’aube
  • L’emploi de moustiquaires imprégnées d’insecticide pour le sommeil
  • Être vigilant face à toute lésion cutanée inexpliquée persistant plusieurs semaines après un voyage
  • Consulter rapidement un médecin en cas de symptômes, en signalant les voyages récents

Il est essentiel d’informer la population et les professionnels de santé pour garantir une détection précoce et éviter la propagation d’éventuelles épidémies.

Le contexte en France : présence de la leishmaniose et rôle des animaux

La leishmaniose est déjà présente dans certaines zones du bassin méditerranéen français, transmise entre animaux et humains par les phlébotomes. Le Centre National de Référence a rapporté 207 cas importés en France en 2024, dont 41 liés à des séjours au Maghreb.

Par ailleurs, une étude menée en Bourgogne-Franche-Comté a recensé 38 cas humains entre 2019 et 2024, confirmant aussi la présence de vecteurs potentiels. Une vigilance accrue s’impose donc quant à l’évolution géographique du parasite et de ses insectes transmetteurs.

En France, le chien constitue un réservoir important pour Leishmania infantum dans le sud, mais la contamination humaine ne peut s’opérer sans la piqûre préalable d’un phlébotome.

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